UNIVERSITE D'ETE ARTIGUES Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Georges Martin   

Université d'été, Artigues, atelier de reflexion du 26 septembre.

LA LANGUE FRANCAISE : Ce texte est le condensé des propos tenus dans cet atelier
 
L'atelier précédent, consacré à la Francophonie, avait souligné l'importance de ce domaine pour le rayonnement de notre pays, et la négligence des pouvoirs publics à cet égard.
 
Cioran a dit : "on n'habite pas un pays, on habite une langue."
 
Or, en France, la qualité et la maîtrise de notre langue sont en perdition, et beaucoup d'étrangers les possèdent mieux que nos compatriotes en général.
 
Pourquoi ?
 
Une langue s'apprend :
 
1- à l'école,
2- à la maison,
3- par l'environnement.
 
La méthode "globale" d'apprentissage de la lecture, puis les réformes de MM. Haby et E.Faure, avec réduction des heures d'enseignement du français, et quasi suppression de celui du latin et du grec, ont entraîné une baisse des acquis : intelligence d'un texte, faculté d'analyse, rigueur de l'expression, richesse du vocabulaire.
 
Le comportement familial, en général, a contribué à cette dégradation: enfants le plus souvent seuls, auxquels on offre plus facilement une bande dessinée qu'un bon livre (choix d'ailleurs oublié par les "enseignants" qui délaissent certains titres pourtant inscrits au programma de l'année) tous ou presque dotés d'un téléphone pour SMS, d'un ordinateur, arme à double tranchant, et d'un téléviseur. La dernière (sans doute ante pénultième) réforme des lycées, ne sera pas l'antidote.
 
S'ensuivit une baisse du niveau des élèves, consacrée par le rehaussement, imposé aux examinateurs, des moyennes pour l'obtention du baccalauréat : il fallait atteindre un quota de titulaires du diplôme, dévalué par voie de conséquence, d'autant plus que les fameuses "options" (dont les langues régionales) gratifient des candidats médiocres de points supplémentaires.
 
L'orthographe, mise en accusation, fait tragiquement défaut à de jeunes diplômés et nuit dans les entreprises et la fonction publique à leur recrutement ou leur avancement; la suppression envisagée par Yazi Sabeg, d'épreuves de français et de culture générale pour le recrutement de fonctionnaires n'arrangera pas les choses.
 
Cet appauvrissement généralisé s'est étendu à la presse écrite et parlée, et contamine par effet de répétition, les lecteurs ou auditeurs d'autant plus facilement que certains personnages politiques (V. Pécresse, C. Allègre, C. Lagarde) donnent l'impression de considérer le français comme une langue morte, ou à tout le moins d'une moindre importance que l'anglais, dont l'usage est imposé dans les locaux, en France même, de certaines entreprises.
 
Le négligé, les expressions à la mode, même impropres dans certains contextes, l'ignorance de l'accord du relatif avec son antécédent, l'oubli de la concordance des temps, s'entendent dans la bouche des journalistes des chaînes et dans celle de leurs invités (et surtout chez des élus!) quotidiennement.
 
Même l'attribution de prix littéraires se fait, non sur des qualités de style et de fond, mais sur des critères de rentabilité, ou de mode. Le choix des invités, et du thème de certains débats sur les chaînes privées ou publiques, révèle la confusion des esprits et de l'expression, l'indigence du vocabulaire.
 
C'est la fin des "humanités", avec rétrécissement du jugement et étiolement de la culture, propices au formatage des électeurs.
 
Dans l'armée le problème est le même
 
Comment dans ces conditions assurer la promotion de notre langue et de notre littérature, et son rayonnement?
 
A- Le remède serait évidemment une refonte totale du système d'enseignement, retrait des méthodes nocives, avec système logique d'évaluation, de notation et d'orientation des élèves. Aussi d'assurer la qualité des maîtres. Mais cela passera par une mobilisation des élus dont nous sommes loin, tant les mots, employés avec virulence, de "sélection", "exclusion", font peur à ces derniers.
 
B- La mobilisation des familles, leur choix de l'établissement que fréquenteront leurs enfants, mais aussi et beaucoup leur mode de vie, contribueraient grandement à cette renaissance. Mais de cela aussi nous sommes, dans bien des cas, fort loin. La société de consommation est reine.
 
C- En ce qui concerne l'environnement général et culturel, nous restons libres de tourner le bouton (l'audimat!) de radio, ou de téléviseur. Si nous ne disposons d'aucun moyen de pression pour l'attribution des prix littéraires par mode et la sélection de vrais ouvrages par de vrais libraires, nous connaissons tous des bouquinistes de valeur chez qui trouver des livres de qualité, et des disquaires pour le choix d'enregistrements anciens de la Comédie Française.
 
Mais notre rôle va plus loin : faire prendre conscience à tous de la gravité de la situation :
 
Un peuple qui perd sa langue est un peuple asservi.
 
Et retrouver, enfin, ce que Max Gallo, revendiquait avant de passer aux oubliettes du sarkozysme :
 
La fierté d'être français.
 
Françoise Buy-Rebaud.
 
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