L'EUROPE A CHANGE! ET NOUS? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Georges Martin   

L’Europe a changé ! Et nous ?

Longtemps, dans l’imaginaire d’une partie importante de l’élite nationale, la construction européenne s’est confondue avec l’édification d’une grande Europe française. Le projet européen moderne naît des Lumières, se développe au XIXème siècle tantôt avec l’aiguillon de la baïonnette et du canon, tantôt avec celui de la plume et du lyrisme. Il y eut une Europe napoléonienne (mais l’aventure va mal tourner) et le fantasme aussi des Etats Unis d’Europe dans l’esprit quelque peu chimérique d’un grand génie français.
 
C’est donc tout naturellement qu’après guerre, dans une Europe exsangue, la France reprendra à son compte l’idée européenne. Avec le plan Fouchet en 1961 et au bénéfice de l’entente franco-allemande, une certaine concorde nationale se fait même jour sur le sujet. Les Lumières et l’Aufklärung semblent enfin se donner la main pour conduire l’Europe vers des horizons enchantés. De là surement, la nostalgie toujours vivace du fameux moteur franco-allemand ! Et comme il faut avec Rimbaud absolument être moderne, aussi faut-il quand on est français être absolument européen !
 
L’image subliminale de cette Europe française que nos meilleurs analystes taxèrent lumineusement de jacobine plus encore que de fédérale, devant accoucher d’un super Etat Nation au niveau européen ne relève plus aujourd’hui que de la persistance rétinienne. Le projet a vécu, son acte de décès remonte au 29 mai 2005, jour ou le peuple français dit « non ! » par référendum à la constitution européenne. Qu’une nation ne puisse exister que par la magie d’une constitution écrite n’était après tout que l’alpha de la pensée des révolutionnaires français. Exit donc d’une France aux frontières européennes !
 
Ce que fut le projet européen détermina beaucoup de l’identité de ses adversaires, c'est-à-dire les souverainistes, c'est-à-dire vous et moi ! Il y a beaucoup de royalistes parmi nous pour la raison qui précède que ceux là comprirent combien le projet européen était inspiré de la Révolution et de ses valeurs. En perdant leur ennemi, ils risquent aujourd’hui de voir leur unité fragilisée. Tel n’est pas le cas des gaullistes que l’Europe longtemps divisa. Car si le gaullisme est une certaine idée de la France, il est aussi héritier de la République donc de la révolution… De là les perpétuelles querelles entre gaullistes souverainistes radicaux et les autres soupçonnés pour des motifs divers et variés, plus ou moins fondés selon les cas, d’entretenir avec l’idée européenne une relation emprunte d’ambiguïté. « La France seule et indépendante ! » jurent les premiers avec panache, « l’Europe des nations ! » tempèrent les pragmatiques, « L’Europe confédérale ! » osent les plus hardis, se plaçant ainsi à la lisière du procès en sorcellerie. Ces derniers aujourd’hui conscient ou à demi que l’Europe nouvelle n’a plus aucun rapport avec leur rêve de jeunesse ne sont pas les derniers à réclamer le retrait de la France des institutions européennes. Salutaire conversion ! Une chance de réunification des différentes composantes de la famille gaulliste ? Plan B ou Z, conformisme et opportunisme politique, les bruits fossiles, les mauvaises habitudes et la nostalgie ont parfois néanmoins la vie dure !
 
L’adversaire que nous avions à abattre nécessitait par ailleurs une forme organisationnelle et des méthodes aujourd’hui totalement obsolètes. Le monde souverainiste a longtemps privilégié les travaux théoriques, la promotion d’intellectuels hauts en couleur au détriment de l’implantation territoriale, de la bataille électorale. Lorsqu’ il s’agissait d’un projet européen porté par notre élite nationale, il y avait quelques raisons de recruter et de porter à la tête de nos troupes des hommes appartenant au même monde que les décideurs nationaux qu’il fallait convaincre de la supériorité de nos idéaux. Ainsi pouvait-on espérer infléchir le cours des choses ! Entendre un des nôtres se gargariser de la qualité de nos penseurs et de nos réflexions n’empruntaient pas alors au ridicule et au comique bouffon, voir un souverainiste furieux se transformer en un valet obséquieux lorsqu’il décrochait un rendez vous avec un conseiller en vu à l’Elysée ne prêtait pas encore à ricanement et à dénonciation.
De même, l’organisation de colloque, d’Etats généraux, trouvaient leurs justifications de permettre d’offrir une alternative nationale aux projets dénoncés, d’ouvrir grand le livre des doléances. Nous avions, pensions nous, au cœur de l’Etat, des oreilles attentives pour examiner nos projets, faire droit à nos légitimes revendications. Les chefs alors trouvaient leur justification, leur raison d’être de porter ces études, ces traités. L’organisation souverainiste était de celle des clubs aristocratiques, ce qui satisfaisait finalement les égos et les ambitions de chacun. Qu’importe le nombre de chapelles, l’objectif n’était pas dans la création d’un parti de masse, dans la promotion du militantisme et du travail de terrain, juste dans la confédération, l’union de familles politiques d’égales respectabilités, des barons aussi qui veillaient jalousement à leur zone d’influence. Entre les uns et les autres, des règles complexes de vassalité et de suzeraineté qui pouvaient surprendre et parfois même prendre à défaut les nouveaux venus… Cette entente perdure aujourd’hui, mais son pouvoir n’est plus que de nuisance. Sa capacité à mobiliser tend pour sa part irrémédiablement vers zéro !
 
De cette organisation, il ne reste maintenant que les défauts les plus flagrants. Une abstraction qui tourne à vide, une prétention injustifiée au regard de notre influence réelle et profondément déplacée au vu de l’importance des enjeux, une rouerie d’un autre âge, une instrumentalisation surtout des énergies et des quelques militants pas encore partis vers d’autres cieux. Il fut un temps ou il fallait viser le national, voir l’européen pour être entendu, écouté, respecté. Quoi de plus logique finalement lorsque l’on faisait profession de défendre la nation et sa place en Europe ! Mais les motivations expliquant aujourd’hui la soudaine conversion de certains souverainistes au charme des élections, nationales s’entend, ne sont pas clairement établies. S’il est question de faire émerger une nouvelle génération de combattants souverainistes, implanté dans leur circonscription et attachés a s’occuper des réalités quotidiennes de ses électeurs et de ses administrés, soutenus par leur centre, montrés en exemple, alors nous sommes dans le vrai mais encore faudrait il débuter par le local! Si l’objectif est par contre d’atteindre le financement public (avec à l’occasion la passation d’accords électoraux avec des formations qui ne partagent ni nos valeurs ni nos principes uniquement pour atteindre la masse critique) pour l’entretien de nos belles plumes et la promotion de leurs œuvres les plus mirifiques, la mise en musique de thèmes nationaux déconnectés des attentes des français, nous allons encore vers de grandes désillusions. Tout d’abord car ce serait instrumentaliser les candidatures de nos militants aux élections législatives et qu’ensuite il est bien peu probable que la production des grandes abstractions dont notre milieu politique a le secret ne morde sur une frange même mineure du corps électoral.
 
Pendant ce temps, et alors que nous tardons à mettre en place une stratégie politique à la hauteur des ambitions affichées, L’Europe change. Le danger, en se déplaçant, se précise. Certain diront que depuis le début, le ver était dans le fruit. Peut être ont-ils raison. Jean Monnet, père de l’Europe moderne, n’était il pas l’homme des américains ? L’entrée au début des années 70 de l’Angleterre dans la Communauté européenne serait aussi pour les puristes l’élément annonciateur d’une Europe qui petit à petit va se convertir au modèle anglo-saxon. C’est d’ailleurs à se demander si parmi nous certains dénonçant l’Europe libérale du grand marché à la concurrence libre et non faussée n’entretiennent pas par-devers eux la nostalgie d’une Europe imaginaire servant les ambitions françaises. Une clarification dans ce domaine comme dans d’autres s’impose!
Toujours est il que l’Europe du XXIème siècle est bien le cheval de Troie de la mondialisation et que cela plus personne n’en doute à l’exception de quelques irréductibles rêveurs appelés plus communément « idiots utiles » mais certainement pas les dirigeants actuels de l’Union européenne convertis depuis des années aux dogmes du libre échange généralisé et à la nouvelle gouvernance mondiale. Les élites françaises ont pour leur part pris le même pli en même temps que leurs consœurs occidentales (S’il n’a jamais existé d’internationales prolétaires dans la réalité mondiale, il y a toujours eu une internationale des aristocrates autrement plus aisée à structurer au regard du nombre…) et ce qui leur tient lieu d’idéologies ne jurent en rien avec celles du reste des élites mondialisées.
 
En conséquence de quoi il est au mieux stupide au pire le produit de la connivence de maintenir en usage des méthodes qui ne répondent pas aux nouvelles menaces qui pèsent sur la nation et ne prennent pas la mesure du divorce irrémédiable et entièrement consommé entre les représentants de l’Etat et notre famille de pensée qui elle reste attachée indéfectiblement à la notion indépassable en démocratie de souveraineté populaire. Il y a d’ailleurs quelques schizophrénies dans des milieux souverainistes à parler à longueur de débats enfiévrés de forfaitures et d’usurpations et à continuer à s’affairer par ailleurs à offrir à nos dirigeants des solutions de rechange à ce qui n’est après tout que des choix politiques pleinement assumés par ces derniers.
 
Cette rupture avec nos dirigeants nationaux devrait avoir comme conséquence pour l’ensemble des souverainistes de se lancer enfin à la conquête du pouvoir étant entendu qu’il n’y a plus rien à attendre de ces élites qu’il n’est pas exagéré de juger apatride. Au lieu de cela, nos chefs quand ils ne se complaisent pas dans un exercice de nombrilisme précédemment décrit encouragent la désespérance et l’esprit de servitude en promettant à leur troupe des lendemains calamiteux d’explosions sociales et de guerres civiles. Tertullien au petit pied, ils flattent le ressentiment en prophétisant l’enfer et la damnation éternelle pour l’actuel président de la République qui ne fait après tout guère pire que la plus part de ses prédécesseurs. Au lieu de prendre leurs responsabilités, de donner l’exemple et de partir au combat électoral, ils misent tout sur quelques jacqueries dont ils espèrent bien imprudemment qu’elles pourraient mal tourner. Et pour masquer l’attentisme et le désarroi intellectuel qui soudain les étreint, ils vont épouser la première cause venue, du moment qu’elle est un leurre et ne porte pas plus que cela à conséquence, sans débouché politique concret et durable. On gagne du temps, la révolution est elle ainsi reportée à une date…antérieure ! Que tout cela se termine par une commémoration, séparation en 1905 de l’Eglise et de l’Etat, liberté d’expression, et soulagé, chacun pourra rentrer chez lui avec la bonne conscience du devoir accompli !
 
La mondialisation post moderne et post historique à laquelle nous nous confrontons obéît à deux règles d’or : le décentrage et le brouillage systématique des frontières. S’acharner à maintenir une stratégie exclusivement nationale qu’elle soit de négociation ou de choc frontal ressemble à s’y méprendre aux erreurs stratégiques commises par l’Etat major français en 1940. Le nouveau virus européen, hybride et de souche anglo-saxonne passe allégrement les barrières immunitaires traditionnelles en nous trompant sur ses véritables objectifs. L’édification d’une Europe supranationale dotée d’un exécutif bruxellois fort n’est plus à l’ordre du jour, pas plus d’ailleurs que le nouveau découpage administratif de ce mastodonte que l’on nomme bien improprement l’Europe des Régions. L’Europe mondiale de demain sera l’Europe des Métropoles interconnectées, du Grand Paris et du délire Mégapolistique, des triangles Oligopolistiques. Dans les semaines qui viennent, le RPF, associé à la démarche Cantonales 2011 contribuera à mettre en évidence ce nouvel état de fait.
 
Face à ce spectre qui menace à court terme l’espoir d’une survivance nationale même réduite comme aujourd’hui au simple rôle de faire-valoir, il est urgent pour les souverainistes de prendre le maquis. Cantons, réduits, bocages, voila les nouveaux territoires de la résistance. La reconquête du pouvoir central passe comme souvent dans un tel cas de figure par la périphérie, par l’implantation territoriale, par la mise en valeur de la France des clochers. Vieux militants et nouvelles recrues seront appelés à travailler ensemble pour que subsiste même localement l’espoir d’un futur national. Toutes les occasions devront être saisies, à commencer par les élections cantonales du Printemps prochain ou une levée en masse est seule susceptible de faire renouer notre famille politique avec l’espérance. Il faudra aussi et ces élections locales en seront l’occasion, provoquer un vaste aggiornamento de la pensée souverainiste aujourd’hui aux mains de quelques rentiers de la cause et précipiter une organisation nouvelle de nos forces coalisées. Le Rassemblement Pour La France y prendra toute sa part.
 
Nicolas STOQUER Président du RPF.
 
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