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Les prochaines guerres seront-elles démographiques ? »
Tel est le thème du colloque de l’Institut de Géopolitique des Populations qui s’est tenu à Paris, le 28 avril dernier. Vous en trouverez ci- après les conclusions tirées par son président, Yves-Marie Laulan.
Il s’agit-là d’une réflexion qui vient bien à son heure alors que des bruits de bottes commencent à se faire entendre un peu partout, en Côte d’Ivoire, en Libye, en Afghanistan, dans un monde arabe en ébullition. Voilà pour l’immédiat. Mais que peut-il se passer à plus long terme ? Une présence s’impose, d’emblée, celle de la Chine.
Il est évidemment délicat, et même peut-être parfaitement vain, de tenter de jeter quelque lumière sur les perspectives de conflits dans la première moitié du XXI° siècle. Pour ce qui concerne la seconde moitié, mieux vaudrait se reporter aux prophéties de Cagliostro ou de Nostradamus.
Tout ce que l’on peut avancer à ce stade est que deux phénomènes majeurs vont sans doute projeter leurs ombres sur ce paysage du futur plus ou moins prévisible : il s’agit de l’explosion démographique mondiale, déjà avérée, et de la prolifération nucléaire, en germe ou en route.
En premier lieu, on aura bien quelque 9 à 10 milliards de personnes sur la planète d’ici 30 ou 40 ans, -car les femmes qui vont les porter sont déjà nées, et cela quelles que soient les fluctuations de la fécondité-, qu’il faudra bien nourrir, loger, soigner et transporter.
Par ailleurs, la menace d’une Apocalypse nucléaire sera sans aucun doute un puissant frein aux aventures militaires, au moins pour un temps et pour les nations responsables. Mais l’histoire nous apprend qu’il ya toujours eu et qu’il y aura toujours des fous, tant il est vrai que l’on est passé de la dissuasion du « faible au fort » à celle du « fou au fort ». Et une inconnue majeure demeure le rôle que le terrorisme pourrait avoir dans ce domaine.
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Ceci étant, le plus probable est que les affrontements , inévitables, ne revêtiront pas vraisemblablement la forme d’un choc frontal, comme deux béliers en lutte cornes contre cornes, mais plutôt un processus d’ étouffement doux, insensible et lent, celui du boa constrictor, qui étouffe sa proie en douceur avant de l’avaler ou si l’on préfère un jeu de go plutôt qu’un jeu d’échec. Le vaincu, devant l‘évidence de sa défaite, préfèrera s’effacer en douceur et abandonner le devant de la scène à son vainqueur plutôt que de se lancer dans une dernière compétition perdue d’avance. C’est bien le parti qu’a sagement choisit l’URSS vis à vis de l’Amérique dans les années 90.
A cet égard, il est difficile d’imaginer que, tôt ou tard, Chine et Amérique ne se trouveront pas dans une situation de confrontation identique. Qui peut sortir vainqueur de l’affrontement de deux volontés nationales, animées, l’une hier, l’autre aujourd’hui et plus encore demain, d’une volonté de domination hégémonique ?
D’un côté se trouve une Amérique affaiblie par une longue crise économique et financière dont elle n’est pas encore vraiment sortie. Plus encore, ce pays est, sans conteste, déchiré par une profonde crise de légitimité morale et politique, probablement résultant de la gigantesque mutation ethnique en cours qui tend à marginaliser la communauté européenne d’origine. Celle-ci se voit perdre peu à peu les leviers de commande qui lui permettaient d’imposer sans trop de difficultés ses paradigmes aux populations nées de l’immigration du dernier siècle. D’où le profond désarroi d’une communauté jadis dominante en passe de perdre ses repères. L’élection de Barack Obama ne peut que renforcer ce sentiment d’avoir perdu irrémédiablement quelque chose qui ressemble fort à une certaine identité nationale américaine.
D’un autre côté, on voit une Chine nouvelle en pleine ascension économique, sûre de sa légitimité historique fondée sur une civilisation assise sur plusieurs millénaires, disposant d’une homogénéité ethnique quasi parfaite et d’un contrôle très efficace, grâce à l’armée chinoise et au Parti communiste, des turbulences éventuelles de la population chinoise et bénéficiant, pour couronner le tout, d’une réussite économique sans précédant dans l’histoire du monde.
La partie ne semble pas a priori, égale et le monde de demain pourrait bien être chinois. Car, dans un tel contexte, comment une Amérique désemparée pourrait-elle raisonnablement tenir tête à cette Chine- là ?
Certains commentateurs américains pensent néanmoins que le choc, ou l’électrochoc salvateur qui pourrait remettre l’Amérique dans la course et en position de combat sera le jour, fort proche en vérité,- on parle de 2016-, où la croissance du PNB chinois relèguera l’Amérique au deuxième rang des puissances économique dans le monde. Tant il est vrai que l’histoire du monde est, et restera, riche de surprises inattendues. L’Amérique n’a peut-être pas dit son dernier mot.
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Evoquons au passage pour être complet, ce que pourrait être le rôle des organisations internationales, rôle d’arbitre ou d’amortisseur, dans ce jeu de pouvoir qui va se dérouler sur la scène géo stratégique mondiale ? Eh bien, pour faire court, il sera probablement nul, comme cela a été le cas jusqu’à présent. Les organisations internationales n’ayant pour objet que de donner un semblant de légitimité, un « cache sexe juridique » en quelque sorte, à un usage de la force décidé et mis en œuvre unilatéralement par des puissances nationales provisoirement rassemblées par des « coalitions » plus ou moins hétéroclites comme les récents évènements nous en donnent l’exemple On ne voit vraiment pas pourquoi cela devrait changer.
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Revenons-en au facteur dominant, la situation démographique du monde de demain. Ce qui frappe a priori est évidemment la présence, incontournable, comme on dit aujourd’hui, de deux colosses démographiques, Chine et Inde. Mais, dira-t-on, ce n’est pas nouveau. Certes, mais la nouveauté est que ces deux géants étaient endormis et les voilà qui se réveillent. Pour la Chine, on le savait depuis longtemps grâce à la plume d’Alain Peyrefitte. Mais voilà qu’à son tour le géant indou étire ses bras et se réveille lui aussi, bien que plus lentement, et avec retard, par rapport à son voisin chinois. Mais il se réveille bel et bien. Il va certainement peser d’un poids significatif sur la scène mondiale. Reste l’Afrique qui s’achemine lentement mais sûrement, vers deux milliards d’individus. Mais là, c’est une toute autre histoire. Car c’est moins en termes de menace militaire qu’en termes de flux migratoires que l’Afrique fera sentir sa présence.
Ceci étant, face à la « résistible » montée en puissance de la Chine, la seule riposte possible pour les Etats-Unis est la mise en place d’un système d’alliances dont on peut déjà tenter de discerner les contours.
Les deux piliers majeurs antagonistes de jeu d’alliance pour la suprématie mondiale, du fait de leurs populations, de leurs capacités militaires et de leur potentiel économique, en seront naturellement les Etats-Unis d’une part et la Chine de l’autre.
On distinguera, par ailleurs, quatre puissances d’appoint, ou pôles secondaires susceptibles de porter leur soutien d’un côté ou de l’autre dans le cadre de ce système d’alliance et de faire ainsi la différence : il s’agit de l’Europe, de la Russie, de l’Inde et du Japon.
Reste une myriade de petits acteurs qui peuvent également jeter leur poids dans la balance. Et on citerait volontiers le Vietnam, la Thaïlande, la Corée du Sud, la Corée du Nord, le Canada, le Pakistan, le Brésil et Israël et, pourquoi pas, l’Arabie Saoudite, l’Iran et l’Egypte. Il faut bien voir à cet égard que c’est moins par leur potentiel militaire que par leurs capacités de susciter des ennuis, il faut entendre des conflits dont le reste du monde se passerait bien-, que tel ou tel de ces petits pays pourrait se révéler d’une importance stratégique.
Les cinq pays émergents du Brics qui regroupe le Brésil, la Chine, la Russie, l’Inde, et maintenant l’Afrique du Sud, sont-ils une préfiguration d’un tel système d’alliance stratégique ? Il est trop tôt pour l’affirmer .
Quoi qu’il en soit, l’objet de ces affrontements prévisibles sera, comme toujours, l’accès aux ressources naturelles, notamment alimentaires et énergétique, condition de la croissance et la recherche de la sécurité, condition de la survie.
Dans ce contexte de pénurie de ressources, l’ère du rationnement mondial sera-t-il aussi celui de la raison, pour précisément éviter le pire ?
L’avenir nous le dira.
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