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Écrit par Georges Martin   

LES CLASSES MOYENNES – OU EN EST-ON ?

(3EME PARTIE).

Ce court panorama historique depuis le Manifeste relate un changement de mode de production né du développement des forces productives, avec lequel interfère le changement de mode de production découlant de la Doctrine. Résumons :

- depuis la Révolution française, le mode de production bourgeois domine. A la fin du 19ème siècle, il atteint son apogée et ouvre la voie à ses concurrents, en faisant de la bourgeoisie une classe superflue.

- dans les conditions particulières de la Russie de 1917, le mode de production stasicratique se met en place imposé d’une main de fer par Lenine et Staline, le Parti devient la classe dominante de l’Union soviétique.

- au 20ème siècle, les trois modes de production bourgeois, stasicratique et compétent coexistent chacun s’efforçant d’éliminer les deux autres,

- pendant la première moitié du siècle, la bourgeoisie nationale française se maintient face au Parti moyennant des avantages sociaux octroyés aux travailleurs, comme par exemple lors du Front populaire et de la Libération,

- après la Deuxième guerre mondiale, le mode de production compétent entre en lice. Le combat comprend alors trois protagonistes qui se révèlent dans les affrontements de mai 68. Ces Evénements sont le fait politique majeur du 20ème siècle. Ce furent de belles empoignades entre les manifestants, le gouvernement et le Parti. Sur le plan politique, la bourgeoisie nationale gaulliste et le Parti se rétablirent, mais sur le plan idéologique, ils ont perdu la bataille.

- peu à peu, le mode de production compétent élimine ses concurrents, les utilisant même pour détruire leurs propres valeurs : l’humanisme et le marxisme.

Dès 1968, Edgard Faure s’attaque à l’éducation nationale, créant l’Université de Vincennes et américanisant les méthodes pédagogiques. Pompidou fait entrer la Grande-Bretagne dans le Marché Commun et Chirac porte sur les fonds baptismaux l’Europe de Maastricht. Trahie par ses représentants, la bourgeoisie nationale a perdu le rempart de la nation et laisse le champ libre aux multinationales.

Le Parti Communiste s’accroche bec et ongles à la Doctrine. Il n’abandonne la “dictature du prolétariat” que contraint par le grand frère soviétique. Las, ce dernier, entré en pérestroïka, dénonce la Doctrine. Le Parti Communiste perd sa raison d’être et entraîne dans sa déconfiture le matérialisme historique : plus personne ne pourra momentanément se recommander du marxisme.

La Section Ouvrière de l’Internationale Socialiste meurt de sa belle mort, faute de classe ouvrière. Un nouveau parti est créé en 1969, on lui donne le nom de socialiste. Mitterrand en devient secrétaire général et, par là, lui-même socialiste. En 1974, la “deuxième gauche” rejoint le PS ; issue des rangs de mai 68, elle l’imprègne de l’idéologie compétente et en fait le parti de la classe de même nom. Vivent le libéralisme et le traité de Maastricht ! Les gouvernements socialistes vendent les services publics et démantèlent l’école “bourgeoise” : J. Lang introduit l’anglais à l’école primaire, Mme Fiorazo légalise l’université française anglophone, Mme Vallaud-Belkacem supprime le latin au collège. Le Parti Socialiste, parti de la classe dirigeante, donc parti de droite, se rallie à M. Valls pour s’écrier : «J’aime l’entreprise».

Notre mode de production est un mode de production compétent où les petites entreprises capitalistes sont sous tutelle de grandes sociétés anonymes. A force de se cacher cette réalité sociale, débats, projets, analyses politiciennes n’ont plus de sens. Le champ politique est la proie de tous les obscurantismes. Tel Diogène cherchant un homme, les sociologues errent à la recherche des classes d’antan.

Pourtant des faits concrets et visibles ont jalonné les 19ème et 20ème siècles. Autour des années 1900, les découvertes scientifiques ont complètement bouleversé notre vision de la nature et ont été suivies de réalisations techniques qui ont changé nos conditions de vie et de penser. Qui ne sait pas que les mines de charbons et de fer ont été fermées en France, que d’énormes barrages ont maîtrisé le Rhône, que le territoire s’est couvert de centrales nucléaires, que la paysannerie a fondu, que l’industrie est en voie de démantèlement, que le secteur tertiaire est en expansion, que la numérisation atteint toutes les activités … ? Qui ne sait pas que la stasicratie soviétique a jeté l’éponge !

Tout le monde le sait, personne ne cherche à comprendre. Une contradiction philosophique traverse l’idéologie actuelle. D’un coté, le marxisme est marginalisé et on oublie les luttes des classes ; d’un autre, il est, pour ainsi dire, approuvé dans sa déviance doctrinaire et la société est envahie par un économisme sans réplique. Sans doute, Marx et Engels avaient qualifié l’économie politique de scientifique, donnant ainsi, dans une époque positiviste, une valeur incontournable aux perspectives politiques du prolétariat, mais, le véritable triomphe éclate quand, comme il est écrit dans le Larousse illustré de 1973, : « les économistes ont récemment substitué à l’expression ECONOMIE POLITIQUE celle de SCIENCE ECONOMIQUE ».

La classe compétente dispose là de l’outil qui ferme la bouche à toutes les critiques, qui justifie sa domination et ses privilèges. Aux objections du peuple, on répond, comme dans Tartuffe, « et l’économie ? ». Ce dieu nouveau est l’objet d’une vénération quasi religieuse. Il engloutit des sommes énormes pour l’honorer, dans l’éducation nationale, dans les universités, dans de grandes écoles, dans les médias, dans les sociétés de conseil ... On accepte que la classe dirigeante s’attribue des rémunérations de 1000 fois le SMIC. La raison s’incline devant une idole : la science économique. Les pages des medias sont pleines de ses oracles.

La formule de Protagoras « L’homme est la mesure de toute chose » n’a plus cours. On est entré dans l’ère d’un obscurantisme engendré par la foi en une science qui n’est pas scientifique.

Si on revient à l’article de Louis Chauvel, on constate qu’il est sensible à l’évolution générale : les Trente glorieuses ont vu l’effacement d’une partie du contenu objectif des classes sociales ... depuis, au contraire des inégalités structurées se reconstituent..

En effet, un nouveau mode de production affaiblit les classes anciennes dont les limites sont de moins en moins claires, puis son empreinte s’accroissant, il fait apparaître les inégalités propres à la nouvelle contradiction. Louis Chauvel ajoute :

«Lorsque sera trouvée la synthèse entre les deux fractions des classes populaires que sont les ouvriers et les employés, ce discours de classe pourrait avoir un impact important. En attendant, des décennies peuvent aussi bien passer dans un contexte de réactivation de la pensée néo-conservatrice populaire, ou dans l’abstention électorale massive du peuple.» (p. 356). Que ne se tourne-t-il vers l’automatisation de toutes les activités, qui engendre une forme de travail identique chez les ouvriers et les employés, les réunissant dans la classe des exécutants?

Pourtant, il ne peut ignorer que Marx a écrit : « Mais l’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu singulier. Dans sa réalité, c’est l’ensemble des rapports sociaux. » (6ème thèse sur Feuerbach,) et a souligné, tout au long de son œuvre, la subordination des concepts de l’économie politique aux rapports sociaux. « Dans toutes les formes de société, c’est une production déterminée et les rapports de cette dernière qui assignent à toutes les autres productions et à tous les autres rapports leur rang et influence. » (Karl Marx – Contribution à la critique de l’économie politique - Les éditions sociales, 2014, p. 53 ). Mais Louis Chauvel préfère rester dans le champ politique habituel, aussi dépassé soit-il. Il se condamne à ne pas discerner le mode de production dominant et à recourir aux classes moyennes, concept sans pertinence, fourre tout où disparaissent les véritables questions.

La soumission du sociologique au politique, comme l’a noté Pierre Bourdieu, transparaît dans cette cécité. Les classes moyennes ne sont mises à toutes les sauces que pour éviter de révéler ce qui pourrait fâcher la classe au pouvoir : l’analyse de son existence et la désignation de son soutien politicien, le Parti socialiste. Comment sortir de cet engrenage social où perdurent non autonomes les classes du Manifeste dans un système de marché esclave d’un système planificateur dans lequel la classe compétente justifie ses privilèges au nom de l’économisme et de l’individualisme ? Toute réflexion est viciée par la pression de la classe dominante que les sociologues se gardent de définir. La raison reprendra-t-elle des couleurs ?

D’après Guillaume Fondu, une lueur d’espoir apparaît.

« Ainsi, les sciences sociales contemporaines, après des années de vide théorique assumé, semblent s’interroger de nouveau sur les concepts qu’elles mobilisent et par lequel elles modélisent leur objet. Dans la plupart des disciplines, il semble en effet que l’impérialisme de la formalisation mathématique par exemple, qu’il soit installé de longue date (comme en économie) ou fraye encore sa route vers l’hégémonie (comme par exemple dans certains pans de la sociologie), soit contesté et ce du point de vue de la théorie elle-même. » (Postface de

Contribution à la critique de l’économie politique, K. Marx, Les éditions sociales, 2014, p. 246)

André Fontaine.

(http://fontainedelapolitique.over-blog.com/)

auteur de Les socialismes : l’Histoire sans fin, Spartacus, 1992

Mai 68 dans l’Histoire, L’Harmattan, 2010

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