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Écrit par Georges Martin   

LE SALAIRE DE CARLOS GHOSN.

Le pouvoir sur l’entreprise appartient à l’équipe de direction, bureaucratie qui contrôle sa tâche et sa rémunération. Une rémunération qui frise le vol. C’est parfaitement évident.

J.K. Galbraith, Les mensonges de l’économie (p. 49)

« Salaire » est-il un mot bien approprié pour une rémunération qui se décompose en de multiples facettes dont certaines atteignent à elles seules un montant insoupçonné ? En 2014, en tant que PDG de Renault, les jetons de présence : 48 000 € et c’est peu par rapport à la paye annuelle fixe : 1 230 000 €. Tout ceci est presque une misère, un pourboire, à coté du montant global de toutes les prestations de cet homme-orchestre : « 15 millions d’euros pour gérer deux sociétés » en 2015, d’après Le Monde.

Quel est cet être fantastique dont le renouvellement de la force travail coûterait 1000 fois le renouvellement de celle d’une majorité de travailleurs? Pour l’économiste états-unien, ce qu’il empoche frise le vol, c’est parfaitement évident. Mais comment est-ce possible ? Là encore c’est parfaitement évident, il fait partie de la bureaucratie qui détient le pouvoir dans l’entreprise et qui contrôle elle-même sa rémunération.

« Les mensonges de l’économie » est à lire de toute urgence. Petit livre de 80 pages, de format 12x18, écrit gros, il est pour ainsi dire le testament de J.K. Galbraith. On y trouve une dénonciation sans concession du « décalage permanent entre les idées admises… et la réalité. »(p. 9), par un homme qui a passé de nombreuses années, toute sa carrière, à le mesurer. L’ensemble des concepts, des idées économiques que notre société vénère, est passé en revue pour en souligner les escroqueries, les hypocrisies, les mensonges. Lecture dans un sens réconfortante pour tous ceux qui ont du mal à supporter l’outrecuidance des puissants.

Le système des sociétés anonymes comme le dénomme Galbraith n’est plus le capitalisme : « Et les détenteurs réels du pouvoir dans la firme moderne, nous le verrons, sont les directeurs et non les propriétaires du capital. »(p. 17). Pour préciser ce fait, il suit l’histoire du passage de la fabrique à la grande industrie mécanique, puis au système des sociétés anonymes, dont les dirigeants forment, à ses yeux, une bureaucratie au sens péjoratif de ce mot.

Le long de ce parcours historique, Galbraith ne se penche pas sur les bouleversements scientifiques et technologiques qui depuis la fin du 19ème siècle sont à la source d’une nouvelle division sociale du travail et qui ont transformé de fond en comble les entreprises par une automatisation de plus en plus envahissante, rendue possible grâce à une énergie plus souple que la machine à vapeur (l’électricité et le moteur à explosion) et grâce au contrôle informatique des machines. Dans ces entreprises automatisées, l’ouvrier perd son importance et le collectif des actionnaires est dépassé par les problèmes de gestion qui sont alors délégués à la direction. « La bourgeoisie est devenue une classe inutile » suivant la formule de Engels.

A cela, s’ajoute la sous-traitance. Dans son ouvrage « La science économique et l’intérêt général » publié en 1973 aux Etats-Unis, Galbraith avait insisté sur le rôle du « contrat » qui permet aux sociétés anonymes de contrôler les prix dans leur secteur d’activité. Par la sous-traitance, ces sociétés contrôlent non seulement leurs bénéfices mais aussi se débarrassent des activités non automatisées. Ce ne sont plus que des organismes de gestion ayant minimisé tout recours à une main d’œuvre ouvrière. Carlos Ghons peut dire dans une interview : « je n’ai pas tellement besoin d’ouvriers, je cherche des sous-traitants ».

Sans doute, pour ne pas heurter ses compatriotes marqués par le macarthisme, Galbraith évite au maximum tout emploi de termes à coloration marxiste, auxquels nous sommes habitués : mode de production, division sociale, classe, classe dominante, ... Ne boudons pas notre plaisir. Enfin un grand économiste qui dénonce les mensonges de sa discipline et qui nous dit que le capitalisme n’est plus le mode de production dominant. Que la classe dominante n’est plus celle des possesseurs des moyens de production. Que c’est une bureaucratie. Que les idées admises n’ont aucun rapport avec la réalité.

C’est le moment de le relire alors que l’actualité met sur le devant de la scène les abus de privilégiés qui font partie de la bureaucratie de sociétés anonymes. C’est aussi aux politiques, si ce n’est aux politiciens, de puiser dans son œuvre une exigence d’analyses plus conséquentes sur la division sociale actuelle. Le temps est venu de sortir d’une idéologie archaïque distillée par certaines forces sociales pour cacher leur soumission à l’actuelle classe dominante qui n’est plus la bourgeoisie.

André. Fontaine – Mai 68 dans l’Histoire, L’Harmattan, 2010

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