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Écrit par Georges Martin   

LE POPULISME

Qui doute de la valeur des errements de la vie politicienne est en retour taxés de « populiste », comme pour écarter par des mots infamants les problèmes qu’il pose. La liberté d’opinion est réservée aux élites qui, dans les médias, camouflent leurs intérêts sous le couvert d’un vocabulaire indéfini.

Le pays de la raison est devenu celui de l’obscurantisme. Quel est donc ce « peuple » ignare qui n’aurait que des idées courtes ?

Si on voulait comprendre la situation, il faudrait au moins réfléchir sur un modèle social simple, adapté à la division sociale du travail induite par les découvertes scientifiques et les applications technologiques. Déterminer la classe que ces bouleversements ont portée au pouvoir. Mais non, on préfère ânonner les vieilles ritournelles de la religion socialiste. Personne ne croit à la Doctrine du prolétariat s’érigeant en classe dominante, mais on en reste au vieux loup garou du « capitalisme ». Heureuses élites qui détournent ainsi les regards vers des horizons où elles ne sont pas.

Pourtant les changements sautent aux yeux. Je me souviens du temps lointain de mon enfance : on jouait dans la rue, on allait avec un pot à la Laiterie parisienne acheter tous les jours un litre de lait, à la campagne on voyait des paires de bœufs tirer de lourdes charrettes de foin ou de gerbes de blé ou de balles de paille, on les voyait aussi labourer dans les champs, on allait en vacances dans des trains tractés par de magnifiques locomotives à vapeur, pour se rendre dans le midi on voyageait toute une nuit dans des compartiments de deuxième classe à huit places assises.

Cependant, un nouveau mode de production était en marche. L’industrie capitaliste qui avait atteint son apogée avec le taylorisme créait les forces productives de son dépassement : les réseaux électriques et le moteur à explosion. A partir de 1945, l’automatisation des usines éliminent les ouvriers, l’informatique envahit tous les secteurs. La production cède sa place centrale à la gestion de la circulation des marchandises.

On est entré dans l’ère des organisateurs, la société se divise en deux classes principales la classe compétente (apte à décider) et la classe exécutante vouée à des tâches déqualifiées, monotones, désincarnées. Les animaux deviennent des machines à fabriquer des œufs, du lait, de la viande. Les individus sont appelés à consommer la même nourriture, les mêmes objets standards, offerts sur les rayons des grandes surfaces ou sur les écrans du net.

Et tout cela serait passé inaperçu ! Pourtant, au temps moins lointain de ma jeunesse on parlait encore des 200 familles exploiteuses d’une importante classe ouvrière, la paysannerie employait dix millions de citoyens. Aujourd’hui les premières se sont fondues dans la masse des actionnaires des sociétés anonymes, la deuxième est en voie de disparition, la troisième se réduit à quelques centaines de milliers d’agriculteurs.

Et les réactions sociales dans tout ça? En France, une des premières manifestations de colère contre leur déclassement fut, en 1956, celle des petits commerçants poujadistes dont Jean-Marie Le Pen fut un des députés. En mai 1968, sous l’impulsion de la jeunesse étudiante, dix millions de grévistes expriment leur ras le bol d’une société bourgeoise, incarnée par le gouvernement de Gaulle, et aussi leur rejet d’un parti communiste, totalitaire et inféodé au système soviétique.

Dès la fin des grèves, les interprétations des événements prirent des tours variés, la plupart insistant sur la libération des mœurs ou sur la lutte anti-hiérarchie. Personnellement et avec quelques camarades du PSU, nous y avons vu la révélation de l’entrée dans le champ politique d’une nouvelle classe, la classe compétente, un peu comme la Révolution française avait révélé une classe bourgeoise en marche vers le pouvoir. Depuis quarante ans, je cherche à faire prévaloir cette hypothèse, à mon avis, confirmée depuis par l’effacement du parti communiste, par la disparition de la bourgeoisie, par la montée de l’économisme.

Dans les années 1960-70, le PSU était le parti de la classe compétente montante, drapée des couleurs de l’autogestion. En 1969, faute de classe ouvrière, les politiciens de la Section Française de l’Internationale Socialiste (SFIO) se cherchaient une base sociale sous la nouvelle étiquette de « Parti Socialiste » ; en 1971 à Epinay, ils ne trouvèrent qu’un Premier secrétaire général : Mitterrand qui venait de se découvrir une fibre socialiste. Il faut comprendre, répéter : en rien successeur de Jaurès ni de Blum, chantres d’une division sociale du travail dépassée, le PS n’a jamais été de gauche. Ce contresens entretenu par tous ceux qui y ont intérêt gangrène la vie politicienne française depuis des décennies.

En 1974, par l’opération des Assises, le PS se donne une base sociale compétente en recevant le courant rocardien du PSU et un noyau de cédétistes . Dorénavant Mitterrand, la rose au poing, pourra noyer les aspirations populaires dans le gouffre de l’Union Européenne et dans la concurrence libre et non faussée. Chirac fera de même avec les aspirations gaullistes de la bourgeoisie.

La casse sociale continue, on entend même un Premier ministre socialiste s’écrier : « j’aime l ‘entreprise ». Toutes les classes passées, capitalistes ou non, sont broyées par la numérisation. En déshérence, les classes ouvrière, petite bourgeoise et paysanne, les commerçants, les artisans… entrent en résistance contre les élites qui

- d’un coté détruisent sans pitié qualifications, emplois et protections sociales,

- de l’autre s’octroient sans vergogne prébendes et rémunérations éhontées.

Qu’il y ait tant de mécontents ne trouble pas les gouvernants LR ou PS ; au nom de leur soi-disant compétence dans la soi-disant science économique, ils poursuivent leur politique. Avec l’appui des médias, pour exorciser leur impopularité, les élites écartent d’un mot la colère populaire : elle est populiste. Où est la différence ?

Le populisme se situe à gauche de la contradiction qui traverse les sociétés modernes. Avec les déclassés, contre l’injustice et l’inégalité érigées en système politique, tout citoyen encore un tant soit peu humaniste ne peut que se flatter d’être populiste.

André Fontaine.

A. Fontaine - Les socialismes : l’Histoire sans fin, Spartacus 1992 A. Fontaine - Mai 68 dans l’Histoire, L’Harmattan 2010 J. K. Galbraith - Les mensonges de l’économie, Grasset et Fasquelle 2004

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