LIVRE D'ANDRE FONTAINE.
Écrit par Georges Martin   

Quelques réflexions à propos du livre d’André Fontaine Mai 68 dans l’histoire

Editions l’Harmattan 309 pages – 21,50 €

L’auteur a fait le choix d’insérer les péripéties qui semblèrent un moment ébranler la France tout au long du mois de mai 1968, longtemps perçues comme une perturbation festive et éphémère, dans une évocation plus large de l’histoire du mouvement ouvrier et de ses fondements philosophiques et sociologiques. Par ce volontaire et méthodique recul, il analyse avec pertinence et lucidité non seulement la période proprement dite, mais également ses causes, ainsi que ses conséquences sur lesquelles, quarante ans après, il importe de se pencher. Il ne croit pas si bien dire en attribuant à ces évènements le terme de « révolution ». Car, s’ils n’ont pas dans l’instant même, puis au-delà, bouleversé de fond en comble l’ordre politique et social sur lequel leurs protagonistes s’acharnèrent quelques semaines, ils ne l’ont pas moins incrusté de morsures profondes, qui, loin de s’être cicatrisées, ne cessent de se raviver et de réaffirmer leur empreinte.

 

En effet, ce sont bien ces marques qui sont à l’origine des phénomènes destructeurs auxquels nous sommes dorénavant confrontés, et qui conduisent à la dissolution de notre nation dans un agglomérat pourvu de tentacules bureaucratiques mortifères.

 

Dans son appréhension du mouvement, l’auteur manifeste un certain angélisme à l’égard de la mouvance estudiantine agissante, laquelle, en réalité, n’eut à aucun moment ni projet concrètement élaboré, ni troupes ni chefs tant soit peu capables de le mettre en œuvre, et épuisât prestement ses maigres ressources, ressassées à satiété pour en combler le vide. Ses quelques têtes d’affiches, (parmi elle la plus symbolique, aujourd’hui prototype grotesque de la goujaterie et du débraillé européistes), à l’image d’une ample frange de leur génération, étaient sans nul doute psychologiquement mal à l’aise au sein d’une société sujette au paternalisme, bien engagée sur le chemin de la satisfaction des biens matériels, et surtout caractérisée depuis l’accession de l’Algérie à l’indépendance par un calme plat persistant et enclin à engourdir sournoisement les rituelles revendications syndicales.

Observateur attentif et acteur de l’époque, André Fontaine nous affirme que la nation toute entière suivait avec sympathie, voire enthousiasme, les actions qui se déroulaient essentiellement à Paris, alors que seule une minorité urbaine, par le spectacle quotidien de son adhésion, put produire l’illusion d’un tel unanimisme.

Au 19éme siècle, il est possible et probable qu’une pareille démonstration aurait réussi à faire chanceler le pouvoir en place, quitte à ce que s’en emparent aussitôt quelques vieux routiers restés prudemment à l’écart, et se substituant sans façon à ses juvéniles initiateurs. Mais les institutions républicaines ont généralisé la pratique électorale, qui, spéculant sur le conservatisme et la frilosité du plus grand nombre, est devenue le meilleur rempart contre toute tentative de déstabilisation intempestive. Et c’est ce qui arriva, lorsqu’une consultation accentua nettement une représentation parlementaire qui n’avait cependant qu’une année d’existence, clôturant ainsi le divertissement.

L’auteur introduit dans sa réflexion le concept de « classe compétente », qui, si le mouvement avait eu une autre issue que celle des urnes, aurait pu lui insuffler un contenu et une direction complètement novateurs, et l’orienter vers des recherches liées à l’éventuelle mise en place de structures d’inspiration socialiste et non-coercitives.

Seuls le PSU et la faction avancée de la CFDT, qui avaient emboîté le pas au mouvement étudiant spontanément, auraient pu devenir les matrices d’une telle expérience dont les caciques de la gauche institutionnelle ne voulaient absolument pas. Ils avaient hérité d’une situation qu’ils n’avaient pas enfantée et s’entendirent comme larrons en foire avec les émissaires de la bourgeoisie pour effacer du paysage les trublions auxquels ils vouaient une commune détestation, et qui les avaient fait trembler quelques heures.

Les salaires furent revus à la hausse, les distributions de carburant reprirent, les vacances étaient proches. Tout cela reste donc à méditer, et cet ouvrage y incite fortement.

Maurice Livernault.

 

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