| LE COUP DE GRACE |
| Écrit par Georges Martin | |||||||||||||||||||||||||||||||
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Paul-Marie Coûteaux pour
La Nef
Après les Non de 2005 et 2008, l’abstention record aux européennes sonne-t-elle le glas de l’Europe fédérale ?
Le coup de grâce
Relayant la campagne menée à grands frais par la Commission de Bruxelles pour convaincre les dénommés « citoyens européens » de participer à « la grande consultation européenne », Mme Merckel et M. Sarkozy publiaient à la veille du scrutin une déclaration solennelle proclamant : « voter est le meilleur moyen de soutenir l’objectif d’une Union plus forte » ; les cabris de tous poils n’avaient qu’une idée en tête, le taux de participation, déjà fort bas en 2004 ; les uns pour se rassurer, tel D. de Villepin affirmant «le besoin d’Europe n’a jamais été aussi évident », d’autres pour s’inquiéter, telle C. Fourest, éditorialiste au Monde et à Charlie Hebdo, estimant qu’un « échec du taux de participation serait plus grave que l’échec du référendum sur le traité européen ». Malgré tant de mises en garde, le drame arriva : avec un taux de 43,2% en moyenne, soit 2,6 points de moins qu’en 2004 (et compte non tenu des pays à vote obligatoire, sans lesquels ce taux serait moindre), l'UE poursuit sa longue route vers l’union des peuples européens : contre elle.
Comme toujours, on incrimina les erreurs de communication ; déjà, en 1979, lors de la première élection au suffrage universel de l’Assemblée de Strasbourg, les 62% de participation parurent bien faibles : Mme Veil appela à « un effort d’explication des enjeux de l’Europe », d’autres à une meilleure lisibilité des institutions européennes. Las, les peuples se détournèrent justement à mesure que vinrent les explications : 59% de votants en 1984, 57% en 1994… On répéta alors que, les pouvoirs de ce qui était devenu le Parlement européen ayant été considérablement étendus par les traités de l’UE, l’enjeu électoral devenait primordial. Rien n’y fit : 49,5% de votants en 1999, 45,8% en 2004, 43,2% cette année.
Que conclure sinon que, si les électeurs se détournent d’un pouvoir grandissant c’est qu’ils ne le reconnaissent pas ? En Europe comme ailleurs, le continent n’est pas reconnu comme le cadre légitime de l’action politique. Conclusion corroborée par le fait que l’abstention est supérieure à la moyenne dans les 2 pays qui ont dit Non au traité Giscard : 36% de participation aux Pays-Bas, 40,6% en France - et moins encore si l’on tient compte de ce que, comme l’observe le Professeur Rouvillois, près de 4 millions de Français de plus de 18 ans ne sont pas inscrits sur les rôles électoraux, en sorte que la participation réelle est d’environ 37%, moindre encore si l’on retranche les 781 483 blancs et nuls, 4,3% des votants –deux fois plus que dans les autres consultations… Conclusion également corroborée par le fait que, selon une étude du CSA, parmi les votants de 2009, 52% avaient voté Oui, 29% Non : douchés par l’incroyable déni de démocratie du traité de Lisbonne, beaucoup se sont abstenu en signe de protestation. On peut légitimement parler de « refus de vote ». Qu’on n’invoque pas la paresse ou la négligence (en Estonie, où l’on votait de chez soi par internet, la participation est de 43,8%) ; qu’on ne se retranche pas derrière le vieil argument selon lequel est l’Europe est trop compliquée : lors du référendum de 2005, il y eut près de 70% de votants ; qu’on ne cherche pas à noyer le cadavre dans la chute structurelle de la participation : lors des présidentielles de 2007, la participation atteignait 82%…
Or, au soir même des élections, les commentateurs ont certes « regretté » le fort taux d’abstention, mais, loin d’en tirer la moindre conclusion sur la représentativité des élus et la santé de l’UE, ils passèrent aussitôt à l’annonce, répétée en boucle, de l’incontestable victoire de l’UMP et des Verts –oubliant du même coup la dimension européenne censée être, pourtant, le sujet du jour comme l’avenir du continent. Dérisoire tour de passe-passe consistant à ne donner les résultats qu’en pourcentage rapportés aux exprimés ; à tout le moins il faudrait rapporter aux votants, c’est à dire inclure les « blancs et nuls », ou, mieux, aux inscrits – l’honnêteté consisterait même à rapporter les résultats au corps électoral dans son entier, c’est à dire, sinon à tous les Français (63,4 millions) du moins aux 48,2 millions de plus de 18 ans. Jugés à cette aune, les résultats des ténors sont moins glorieux : les listes UMP (4,79 millions de voix) remportent 9,89 % du corps électoral réel : c’est mince pour un parti majoritaire, en outre allié à deux autres partis, le « Nouveau Centre » et la « Gauche Moderne ». De même, la spectaculaire percée des Verts de M. Cohn Bendit (2,81 millions de voix) se résume à quelque 6% du corps électoral réel, étiage où se situe également un PS qui se croit à lui seul « l’opposition ». Combat de titans ! Ensemble, les quatre partis du Système UMP-PS-Verts-MODEM ne réunissent pas le quart des Français – du moins, sur leur « politique européenne ».
Une seule question : la légitimité
A ce désaveu s’ajoute un fait brut, lui aussi caché par les commentateurs : si « la droite » progresse, ce n’est pas celle que représente au parlement européen le très fédéraliste PPE (Démocrates-Chrétiens, ou prétendus tels), dont le groupe va diminuer, mais les diverses droites dites populistes, anti-européennes, nationalistes ou souverainistes, lesquelles enregistrent partout de nets progrès : en Grande Bretagne (où les deux partis qui demandent la sortie de l’UE totalisent 21%), aux Pays-Bas, en Autriche, en Irlande, en Italie, Lituanie, Slovaquie, Roumanie, Grèce, Bulgarie… Notable exception : la France, où les cinq partis « souverainistes » (mais qui n’osent même pas se nommer tels, ni d’ailleurs se nommer de quelque façon que ce soit, ce qui signe leur incroyable approximation intellectuelle), FN, PPF, MPF, DLR, CPNT totalisent 13,2% des exprimés, soit à peine 5% du corps électoral, envoyant au PE trois seuls députés (26 en 1999)… cela malgré la nette victoire du Non en 2005 – ou à cause d’elle ? Il faudra revenir sur les causes de cette bérézina, l’égotisme, l’indigence intellectuelle, la naïveté qui permirent l’inconcevable stratégie solitaire de M. Dupont, qui fit perdre deux sièges et ne gagna rien d‘autre que le ridicule, ou l’opération Libertas, dont le fondateur, l’Irlando-états-unien Ganley annonçait pouvoir réunir 368 sièges, et n’en obtient qu’un, celui de Ph. de Villiers ; il faudra y revenir d’autant plus que ce reliquat d’opposition à la dislocation de notre nation, de notre Etat et de notre civilisation doit impérativement revoir ses discours, chefs et stratégies sous peine de disparaître : ce sera l’objet d‘un ouvrage à paraître en septembre, où je reviendrai sur l’analyse d’un scrutin riche en enseignements pour l’avenir…
Ainsi, la grande consultation européenne a-t-elle confirmé ce qui restera le trait majeur de l’actuelle « Europe » : un énorme fossé entre les peuples et ce qui passe pour leurs élites respectives, mais n’est en réalité qu’une oligarchie unique, de moins en moins solidaire d’eux mais les dominant tous ensemble à l’enseigne de l’omniprésente idéologie du dépassement des nations. Si l’on ne perçoit pas toujours le tour de passe-passe qui, au mépris de toute logique, couvre du mot « démocratie » la lente suppression du demos, c’est que la propagande est partout à l’œuvre : mais la réalité gagne toujours, celle d‘un évident désaveu de l’Europe à la bruxelloise, qu’il faut relier à la panne du traité de Lisbonne, et plus largement du modèle fédéral ; outre que bien des électeurs ont sanctionné la supercherie de Lisbonne, et la négation pure et simple de plusieurs Non, qu’ils se demandent pourquoi voter si les urnes ne servent à rien, il faut se demander quelle est cette sorte d’Europe qui, après avoir refusé ses racines chrétiennes, se met à nier le seul principe fondateur qui lui reste, la démocratie. Reste l’euro : mais, outre qu’il se trouve menacé dans son existence même (cf. « La fin de l’euro » de C. Saint Etienne), il ne suffit guère à remuer les cœurs, une monnaie ne pouvant à elle seule définir une appartenance à l’histoire, ni une participation au monde. Construite sans les peuples, l’U.E. a pris le risque du vide : elle y glisse peu à peu.
Un dernier mot à l’adresse de ces étonnants Chrétiens dont la majorité demeure favorable à l’Europe supranationale : comment peuvent-ils concilier la foi des Evangiles et la construction d’une autorité politique toute entière organisée autour des valeurs de l’argent et du commerce ? Comment peuvent-ils soutenir une telle dépossession de nos traditions, et de nos racines, oubliant la sentence de Jean-Paul-II devant l’UNESCO, « la nation est la grande éducatrice des hommes ». En soutenant la contrefaçon mercantile qu’est l’UE, ce n’est pas seulement la véritable Europe, ses civilisations millénaires et sa fragile paix qu’ils condamnent, c’est le sens même de la foi chrétienne qu’ils corrompent.
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